Fouzi Lekjaâ entre pleinement dans l’arène politique. À quelques jours des élections législatives du 23 septembre, le ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération Royale marocaine de football assume désormais son engagement sous les couleurs du Parti authenticité et modernité.
Dans un entretien accordé à Jeune Afrique le 1er septembre au Complexe Mohammed VI de football à Salé, le membre du bureau politique du PAM balaie plusieurs dossiers à la fois : son entrée en politique partisane, les ambitions électorales de sa formation, l’hypothèse de la primature, le Mondial 2030, mais aussi le contentieux autour de la finale de la CAN 2025.
Le PAM comme prolongement d’un parcours public
Fouzi Lekjaâ refuse de parler de « bataille politique ». Il préfère évoquer une « action politique » qui prolongerait, selon lui, un parcours déjà profondément lié à la vie publique. Son passage au gouvernement, sa présence au Parlement et ses échanges réguliers avec les responsables politiques auraient progressivement préparé cette nouvelle étape.
Son adhésion au PAM, officialisée le 25 juillet, serait ainsi le résultat d’un choix personnel. Il affirme avoir trouvé dans cette formation un espace lui permettant d’exprimer une vision plus large et plus libre, tout en rejetant les lectures attribuant sa décision à une orientation extérieure.
Son arrivée très médiatisée a rapidement alimenté les spéculations sur ses ambitions internes. Fouzi Lekjaâ les écarte. La direction du parti n’est pas, assure-t-il, son objectif immédiat. Sa priorité reste la victoire du PAM aux législatives du 23 septembre.
Pouvoir d’achat, santé et école au cœur du diagnostic
Le responsable politique reconnaît que le Maroc traverse une forme de paradoxe. D’un côté, le Royaume a renforcé ses infrastructures, son positionnement international et sa base industrielle. De l’autre, le coût de la vie, les faiblesses du système éducatif et les difficultés d’accès à des soins de qualité continuent d’alimenter les frustrations sociales.
Pour Fouzi Lekjaâ, l’État social ne peut donc se limiter à l’assurance maladie obligatoire, aux aides directes ou à la généralisation de la protection sociale. Il doit aussi garantir une école performante, un système de santé efficace et des conditions permettant aux citoyens de préserver leur dignité.
Le pouvoir d’achat figure ainsi parmi les dossiers que le PAM veut placer au premier plan. Fouzi Lekjaâ insiste également sur la nécessité de convaincre les électeurs par des propositions concrètes plutôt que par des slogans, notamment pour répondre à la défiance et à l’abstention.
Mondial 2030 : le Maroc veut défendre la finale
Le football reste évidemment omniprésent. Pour Fouzi Lekjaâ, la Coupe du monde 2030 ne constitue pas le point de départ de la transformation du Maroc, mais l’accélérateur d’un processus engagé depuis plus de vingt ans. Plusieurs projets d’infrastructures, notamment ferroviaires, autoroutiers et aéroportuaires, devraient ainsi voir leurs calendriers avancés.
Sur la question très disputée de la finale, le président de la FRMF se veut officiellement respectueux du processus de la FIFA. Il rappelle que les infrastructures proposées par le Maroc, l’Espagne et le Portugal ont été examinées et que les décisions devront intervenir selon les procédures prévues.
Le Maroc entend néanmoins défendre sa candidature. Fouzi Lekjaâ présente cette ambition sous un angle continental : le Royaume porte, selon lui, les intérêts de l’Afrique au sein de la candidature commune et estime que le continent doit pouvoir accueillir une finale de Coupe du monde pour la deuxième fois de son histoire.
« Chef du gouvernement ? Je n’y ai jamais réfléchi »
Son poids croissant au sein du PAM et sa visibilité nationale alimentent également les spéculations sur une éventuelle nomination à la tête du prochain gouvernement si son parti arrive en tête des élections.
Fouzi Lekjaâ affirme ne jamais avoir envisagé cette hypothèse. Son horizon immédiat reste, dit-il, le scrutin du 23 septembre et la mobilisation dans les circonscriptions où le PAM doit encore progresser.
Il se dit toutefois prêt à servir le Roi et le pays dans toute fonction qui pourrait lui être confiée, tout en rejetant toute recherche du pouvoir pour le pouvoir. À ses yeux, la capacité à produire des résultats compte davantage que le rang protocolaire ou l’intitulé d’un poste.
Politique et football, une frontière à préserver
Une éventuelle montée en responsabilité politique pose forcément la question du cumul de ses fonctions à la FRMF, à la CAF et au Conseil de la FIFA.
Fouzi Lekjaâ distingue ici engagement politique et ingérence dans le sport. Selon lui, les règlements interdisent aux responsables politiques d’intervenir dans les décisions sportives, comme la désignation d’un arbitre ou l’issue d’une rencontre, mais ils n’empêchent pas un dirigeant du football d’exercer une activité politique.
Il assure vouloir poursuivre ses différentes missions tant que le contexte l’exige, tout en se disant prêt à transmettre ses responsabilités sportives lorsque le moment sera venu. Sur la possibilité de conserver tous ses postes en cas d’accession à la primature, il refuse en revanche de se projeter.
Finale de la CAN : le Maroc maintient sa ligne devant le TAS
Autre dossier sensible : le contentieux autour de la finale de la CAN 2025. Le Tribunal arbitral du sport doit tenir une première audience le 8 octobre après le recours introduit par la Fédération sénégalaise.
Fouzi Lekjaâ défend la position marocaine sur un terrain strictement juridique. Il estime que les règles de la compétition ont été enfreintes lors de l’interruption de la rencontre et assure que la FRMF entend aller « jusqu’au bout » pour défendre ce qu’elle considère comme la vérité sportive.
Il soutient que la partie marocaine a déjà obtenu gain de cause au niveau de la CAF et se dit confiant pour la suite de la procédure. Le recours devant le TAS reste cependant en cours et aucun verdict définitif n’est attendu dès la première audience.
Infantino, un soutien mais pas un blanc-seing
Fouzi Lekjaâ revient enfin sur son soutien à Gianni Infantino à la tête de la FIFA. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un soutien inconditionnel.
S’il adhère à la vision d’un football capable de rapprocher les peuples, le responsable marocain estime que la gouvernance de la FIFA doit continuer à évoluer. Il plaide notamment pour davantage de contre-pouvoirs et pour une adaptation des méthodes de gestion à la transformation rapide de l’économie du football.
À quelques jours du scrutin, Fouzi Lekjaâ assume ainsi une double exposition, politique et sportive. Une position qui lui permet de capitaliser sur sa notoriété, mais qui le place aussi sous une surveillance accrue au moment où le PAM ambitionne de franchir, le 23 septembre, une nouvelle étape dans son histoire électorale.


